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Faut-il avoir peur de la toxine botulique ? 


Fin août 2008, un article du magazine allemand Focus, repris par la presse française, annonçait des effets indésirables graves provoqués par l’injection de toxine botulique.
En treize années d’utilisation, l’Agence européenne du médicament (EMEA) a recensé plus de 600 personnes touchées par des effets négatifs sérieux après une injection et 28 décès.
Même si ces chiffres semblent élevés pour le profane, le risque encouru est considéré comme limité.

« Les effets indésirables graves, notamment des cas de faiblesse musculaire excessive, de dysphagie et de pneumopathie d’inhalation, sont très rares », tempère Nathalie Deleau, chef d’unité de pharmacovigilance à l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).

Peut-être, mais quels sont les risques pour les enfants traités ?

La toxine botulique, qui permet de diminuer ou d’empêcher la contraction d’un muscle à l’endroit où elle a été injectée, est utilisée comme relaxant musculaire.

Elle est indiquée
  • pour traiter la déformation du pied en équin chez les enfants infirmes moteurs cérébraux souffrant de spasticité
  • et, à partir de 12 ans, pour soigner
les paralysies des mouvements des yeux,
les spasmes du visage,
les torticolis spasmodiques
et la transpiration excessive.

Dans la pratique, elle est utilisée plus largement pour traiter la spasticité des membres ainsi que les bavages très invalidants.

Le problème est que la toxine a tendance à diffuser.
Elle peut donc avoir des répercussions sur d’autres muscles que ceux visés, par exemple ceux de la déglutition lors d’injections dans le cou pour un torticolis.
« Ces risques sont plus grands chez les enfants atteints de troubles neurologiques avec des difficultés de déglutition ou faisant des fausses routes", reconnaît Nathalie Deleau.
"Cependant, plus l’injection est pratiquée loin du pharynx, plus ces risques diminuent. »
Son conseil : consultez immédiatement un médecin si une faiblesse musculaire plus importante, un problème respiratoire, un trouble de la déglutition ou du langage apparaissent le jour de l’administration et même jusqu’à quelques semaines plus tard. Nathalie Deleau rappelle aussi qu’il est indispensable de s’adresser à des médecins hospitaliers expérimentés.
Comment les trouver ?
« N’hésitez pas à demander depuis combien de temps le service pratique les injections de toxine botulique », conseille Capucine de Lattre, médecin rééducateur au service de rééducation pédiatrique de l’Escale, à l’hôpital Femme-Mère-Enfant de Lyon.

Quant au sérieux de l’équipe, quelques repères peuvent vous guider :
  • avez-vous été informés oralement et par écrit, avant le jour de l’injection, sur la toxine, ses modes d’action et ses risques ?
  •  La décision du traitement a-t-elle été prise par une équipe pluridisciplinaire, a minima par deux soignants ?
  • Une évaluation de son efficacité est-elle prévue un à deux mois plus tard par un bilan de kinésithérapie, voire une vidéo de marche ?


« C’est vrai, la toxine botulique doit être administrée dans un cadre particulier, mais c’est surtout un traitement préventif efficace, rappelle Capucine de Lattre. Une étude belge a montré que les enfants traités pendant leur enfance subissent moins d’opérations chirurgicales, moins lourdes, que s’ils n’en avaient pas reçu. »

En d’autres termes, il serait dommage de s’en passer, car les effets bénéfiques de la toxine botulique supplantent de loin ses effets indésirables.


Mémo
Les toxines botuliques sont commercialisées en France sous les noms de Botox, Dysport, Neurobloc et Vistabel. À part Vistabel, toutes sont réservées à un usage hospitalier.






Auteur : Magazine Déclic - Mathilde Élie - 21-10-2008

Titulaire d'un DEA de physique et d'un DESS de communication scientifique, Mathilde Elie est journaliste scientifique depuis 2000.
Elle collabore notamment avec Images Doc, Okapi, Déclic, ulp.sciences, etc. et s'adresse à des publics variés, à des enfants comme à des publics plus spécialisés.
Par ailleurs, Mathilde Elie travaille à la médiation de contenus complexes comme la bioéthique ou la médecine. Pour l'Onera, elle a écrit le livre sur le centre de Meudon avec Alsace Média Science, agence spécialisée dans la médiation des connaissances.

 
 




Dernière mise à jour : 22/10/2008